ENQUÊTES

Vols à la fabrique de cerveaux

De l’orage dans les idées.

de l'orage dans les idées

kyuubicreeper / Pixabay

Quand Yvan arrive sur le pas de la porte de la FAB, Fabrik Brain, la star-up dans l’impasse de la rue des Mougeottes, tous les autres l’attendent.

« Mais que se passe-t-il ?

Amina a oublié ses clefs, dit Maxence.

– Je ne les ai pas oubliées, je les ai perdues, répond Amina en fouillant dans son sac.

– Eh vous ? Vous les avez oubliées aussi ?

– Non, elles ne rentrent pas dans la serrure.

– J’ai failli péter la mienne à l’intérieur. Dépêche-toi, allez ! »

Chaque début de semaine, les têtes d’ampoule de la Fabrik Brain se réunissent pour un concours d’idées dans la grande salle.

« Bon, les loulous, va falloir se mettre une petite pile, commence Yvan.

– Et si on inventait le gobelet réutilisable ?

– Ça existe déjà et ça s’appelle un verre.

– On organise une grosse fête où tout le monde s’amuse ensemble le même jour, à la même heure,  mais attends, quand je dis tout le monde, c’est la planète entière, un truc de malade !

– Oui, là tu viens d’inventer le Nouvel An !

– Allez les mecs, il faut rebondir ! Ce n’est pas parce qu’on nous a piqué l’idée du yoga des pieds qu’il faut se laisser abattre.

– Tu oublies celle de l’eau sans bulles, du sac à vélo et de la brosse à dents écologique… C’était quand même plus simple quand Hector était là !

– Oui, mais bon, il est parti. C’est une mauvaise série. Avec de la rigueur, on va s’en sortir. J’en profite pour vous présenter Antoinette de la CLEAN.

Je sais : en co-working, chacun fait sa part de boulot, mais comme on est charrette sur la production. Une extra en ménage, ce ne sera pas du luxe. Je précise que c’est provisoire et que nous reviendrons à notre ancienne organisation une fois le rush passé.

Bienvenue à Antoinette. Elle va nous aider à y voir plus clair : pour avoir les idées ordonnées, rien ne vaut un environnement rangé et propre.

– Bienvenue  Antoinette, reprend toute l’équipe en cœur.

Après un échange de politesse rapide, le leader de la FAB me fait faire le tour du duplex qui leur sert de bureau.

« Je ne veux pas paraître mal polie, mais les concepts dont vous parliez tout à l’heure…

– J’ai oublié de vous préciser Antoinette : tout notre travail est extrêmement confidentiel. Surtout qu’en ce moment, nous avons constaté plusieurs fuites.

– Bien entendu. Monsieur Anselme, mon patron à la CLEAN est très à cheval sur la clause de confidentialité. Mais vos idées justement, l’eau sans bulles, le sac à vélo et la brosse à dents écologique ? Je suis désolée, mais toutes ces idées existent déjà : l’eau minérale, sur mon vélo, j’ai deux sacoches très pratiques. Quant à la brosse à dents écologique, je ne vois pas bien le concept ?

– L’eau sans bulles, ce n’est pas votre banale eau minérale. C’est une bouteille révolutionnaire, qui instille du gaz carbonique dans votre contenu comme bon vous semble. Votre eau ou soda est toujours gazeux selon votre goût et votre vitesse de consommation. Le sac à vélo, c’est un vélo suffisamment pliable pour le rentrer dans un… »

Il s’interrompt pour me présenter une jeune fille à la lourde frange et avec un piercing dans le nez que je pourrais confondre avec une adolescente. 

« *Cerise, notre responsable sécurité… des données. Mais dites-moi Antoinette, vous n’avez jamais inventé de méthode révolutionnaire pour faire le ménage ?

– Oh! Vous savez, moi, je fais confiance aux bonnes vieilles méthodes. »

Je continue la visite avec Yvan comme guide. Il m’explique que l’objectif de la FAB est de trouver des idées, de les concevoir et de les promouvoir, du simple gadget au logiciel de pointe.

Nous rencontrons cinq personnes, enfin six en comptant Béa actuellement en télétravail : Virginie, la comptable, Maxence, le community manager, Amina et Kevin, les concepteurs juniors, et bien sûr Cerise, la responsable de sécurité.

« Je croyais que vous étiez deux fondateurs dans cette société ?

Hector a tout lâché il y a quelques semaines pour voyager. Je suis seul maître à bord désormais. Heureusement que Virginie est là, elle est ma nouvelle BFF.

– Belle Femme Forte ?

– Non, ma Best Friend Forever ! Ah, encore une petite précision : je préfère que vous veniez l’après-midi.

– Oui, après la fermeture, ça me paraît mieux également.

 – Il n’y a pas vraiment d’horaires de fermeture. Il y a presque toujours quelqu’un, mais le matin nous sommes plus productifs. »

Dans l’entrée, un jeune homme se fait digérer par un sofa vert et grumeleux comme l’intérieur de l’estomac d’un extra-terrestre.  

« Il fait la sieste, dis-je tout bas.

– Non, Kevin teste notre fauteuil AID. La position, la matière, favorise la stimulation de la glande hypophysaire par massage et la production d’ocytocine, l’hormone de la créativité. »

Il donne surtout l’impression de piquer un somme dans un fauteuil bizarre.

estomac d'extra-terrestre

pixel73 / Pixabay/ Fauteuil AID

L’agence Fabrik Brain fonctionne en open space. En mezzanine se situe le bureau d’Yvan et Hector, les deux principaux instigateurs de la start-up et de Virginie la comptable.

À l’étage du dessous, la salle à vivre réunit le reste de l’équipe en un immense espace de co-working.

Puis la cuisine et une chambre transformée en pièce de repos avec de gros poufs pour se relaxer, encore.

Yvan m’explique les tâches à accomplir lorsqu’une jeune femme à lunettes, rouge à lèvres fuchsia et chemisier à palmiers passe devant nous.

« Bye, je vais faire un tour avec Maxence. »

Devant mes yeux écarquillés, Yvan précise :

«  Le stress et la pression tuent la créativité alors que l’inspiration peut venir n’importe où à n’importe quel moment en faisant du shopping, au cinéma.

– Ah oui! En effet, c’est difficile comme travail.

– Très. Si on n’a pas trouvé deux concepts avant la fin du mois, c’est la clé sous la porte. Et malheureusement, aucune de nos idées n’a abouti depuis le départ d’Hector.

Je vais croire que son départ nous porte la poisse.

– C’est notre proprio qui va être content », remarque Amina en enfilant son blouson en cuir.

Après le jardinage à Bouzolle, lors de ma précédente enquête, il va faire bon travailler à l’intérieur même si c’est pour des têtes d’ampoule qui se prennent au sérieux.

Fantôme et pépitos.

Je commence le ménage des bureaux ce soir. Yvan m’a demandé de revenir moins pour distraire la joyeuse bande que pour éviter de les déranger.

De toute façon, la distraction, c’est ça leur boulot.

Je repasse le portail de la petite impasse bien moins accueillante que ce matin. En plus, j’éprouve la sensation d’être épiée.

Un lourd rideau fleuri s’abaisse lorsque je dépasse le premier bloc de logements sur ma droite.

Je continue à avancer sur les pavés irréguliers. Je me retourne plusieurs fois avant d’atteindre la porte d’entrée du duplex.

L’ambiance, une fois les bureaux vidés de leur effervescence, est glaciale. Le ronronnement des bécanes dans le co-working ressemble à ceux d’un chien géant qui garderait les lieux.

Je me débarrasse de mes affaires dans la cuisine et j’en profite pour lire ce qui est affiché au tableau en liège sur le mur : une feuille d’achat pour le café avec pépitos écrit en très grand, une liste de courses.

Tableau d'affichage

J’allume toutes les lumières en croyant me rassurer.

Le bruit de l’aspirateur entre les tables m’est plus familier. Mais quelque chose résonne au-delà des décibels de mon outil.

Je coupe l’alimentation et écoute attentivement. Le son descend du plafond : des pas dans la mezzanine.

Je n’arrive pas à avaler la grosse boule dans ma gorge et reste pétrifiée là un moment.

Que dois-je faire ? Monter ? De toute façon, la personne qui est là-haut a entendu l’aspirateur et Yvan m’a prévenue, il pouvait toujours y avoir quelqu’un à n’importe quelle heure.

Des bribes de conversation, puis une porte qui s’ouvre. Les marches métalliques résonnent sous le claquement des talons.

C’est Virginie, la comptable.

« Vous devez me prendre pour une folle ?

– Comment ?

– Je parle tout le temps tout de seule. Les autres disent que je suis droppée.

– Hum, hum…

– Déconnectée si vous voulez. Bon, j’ai fini, je rentre là. »

Je la salue. Je n’ai rien d’autre à faire devant son malaise et son apparente nervosité.

Après avoir vidé les corbeilles et la poubelle de la cuisine, je constate l’ordre et la propreté qui règnent dans les espaces communs.

Un peu obsessionnels les geeks ? Non, très soigneux, c’est tout. Particulièrement Yvan.

Le plus difficile, ça va être les bureaux. Tous ces machins qui traînent : une mini lampe à lave, un tapis de souris licorne, un mug pokémon, un pot à crayon starwars en perles collées, une recharge de portable panda et une clef USB petit poney…

C’est pire que le salon d’une octogénaire adepte du crochet : des bibelots partout.

Mis à part cette débandade de collection animalière fantastique, l’espace de co-working est d’une clarté hygiéniste. Seul le bureau d’Yvan semble avoir été cambriolé tellement c’est le bazar.

Depuis le départ de Virginie, j’entends encore des bruissements et des pas. Et cette présence !

Je ne crois pas aux fantômes, je dois avoir besoin de sommeil. Je demanderais quand même à Yvan ce qu’il y a au-dessus du duplex.

En attendant, je finis mon travail à la hâte.

Miettes et Disparitions.

pépitos

CharlotteA / Pixabay/ Pépitos

Le lendemain je reviens à 17 h comme convenu.

Yvan est là, avec Virginie. Peut-être y a-t-il encore un problème de serrure ? Vu sa tête renfrognée, ça doit être pire.

« Il faut qu’on parle. »

Je les suis à l’étage qui leur sert de bureau. Je comprends qu’ils ne soient pas contents, il y a des miettes dans l’escalier.

Ma vue baisse. À moins qu’elles ne datent de ce matin.

« On nous a dérobé pas mal d’objets cette nuit.

– Allons donc et je suis sûre que c’est de ma faute ! »

Yvan et Virginie échangent un regard gêné.

« Oh ! Ne vous inquiétez pas, j’ai l’habitude. Dernière arrivée, première coupable. Quels objets ont disparu ?

– Ma tasse pokémon, la recharge licorne d’Amina

– Tu oublies les pépitos. »

D’après leur description, je reconnais certains objets que j’ai rangés hier et d’autres que je n’ai jamais vus.

« Malheureusement, il n’y a pas que ça. Il y a eu de nouvelles fuites concernant nos projets.

IDex, une agence concurrente a communiqué sur les réseaux ce matin sur un casque virtuel en 4D, selon les mêmes principes que notre prototype.

Des mois de travail réduit à néant. » 

Inutile que je demande en quoi ça consiste, je sens qu’ils n’ont aucune envie de me l’apprendre. 

« Vous avez des preuves ?

– Notre prototype, si seulement je parvenais à remettre la main dessus ! »

Je comprends mieux le bazar sur son bureau. Retrouver son précieux prototype : c’est une raison suffisante pour s’infliger une telle pagaille quand on est si ordonné.

– Un voleur s’introduit chez nous, dérobe des objets et des secrets, précise Yvan.

– C’est juste une série de coïncidences et de malchances, s’interpose Virginie, tu l’as dit toi-même.

– Sauf que ce n’est pas le projet de la bière tartinable ou l’algue au goût de bacon de Kevin qui va nous sauver la mise.

– En gros, vous m’accusez d’espionnage industriel et de vol de tasse pokémon remplie de pépitos ?

– En langage des années 90, c’est à peu près ça. Heu pour le vol industriel, pas sur le fait que vous êtes coupable. Mais vous avez peut-être vu quelque chose ?

– Pas vraiment. Le sachant, je serais plus attentive si vous le voulez. D’ailleurs j’ai une question à vous poser, Il y a quelqu’un qui habite au-dessus ?

– Ah non, c’est le grenier, il est grand comme le coffre d’une Austin mini. 

– Des souris, peut-être…»

La soirée se déroule sans encombres.

Virginie et Yvan restent jusque très tard. Yvan capitule le premier, les yeux chargés de sommeil. Je discute encore avec Virginie.

Elle referme subrepticement son tiroir devant moi.

Après un échange de banalités je lui pose des questions sur la constitution de la start-up :

« Hector, la tête et Yvan les bras : une bonne répartition des tâches. Aussi différents dans leur personnalité : Hector, le bordélique, et Yvan l’ordonné.

Ils se sont fâchés et Hector est parti il y a plusieurs semaines en laissant entendre qu’on ne pourrait pas se débrouiller sans lui.

Il faut croire qu’il avait raison. Il a tout laissé derrière lui pour voyager avec un sac à dos et rencontrer les gens.

Malgré sa personnalité excentrique, ça nous a beaucoup étonné parce qu’en plus d’adorer son petit confort, il était un peu agoraphobe alors, l’aventure, vous comprenez.

Mais, il l’a fait, la preuve, son vlog dans lequel il publie une vidéo et des photos tous les jours. Et Yvan se retrouve seul à la tête de la boîte. »

Elle achève ainsi la conversation sur un voilà, voilà de ceux qui en ont déjà trop dit. Le doute sur son visage me dit : « Mais pourquoi je lui ai raconté tout ça ? »

J’ai l’habitude : une fois que l’on rentre dans leur intimité, les personnes vous parlent comme à elles-mêmes, l’art de se fondre dans le décor…

Je ne suis pas très rassurée quand elle s’en va.

Et si j’ouvrais son tiroir ? Cliquez sur le bouton rose pour découvrir l’indice. 

Puis j’oublie le bruit des pas et le fantôme. Je pénètre dans la pièce de réunion. Toutes les tasses et les restes du déjeuner traînent sur les tables.

Pour des petits jeunes qui se prennent en main, avec moi, ils sont vite passés à autre chose. Quand j’entends ce souffle, une respiration, non plutôt un soupir ou des sanglots.

Je me hâte de finir en essayant d’abattre des paupières imaginaires sur mes oreilles.

Yvan m’a invitée à revenir le lendemain, mais dans la journée pour observer quelque chose qui leur aurait échappé et pour trier la paperasse d’Hector.

Recyclage des idées et des hommes.

la paperasse d'hector

jackmac34 / Pixabay/ La paperasse d’Hector

Encore une de ces nombreuses excentricités. Hector travaillait à l’ancienne, papier – crayon. Le problème, c’est qu’il a laissé une tonne de croquis.

Je suis chargée d’assister Virginie pour trouver une idée exploitable qui pourrait les sauver. Tous les documents ont été réunis dans la grande salle.

De toute façon, je ferai n’importe quoi pour ne pas revenir le soir et la nuit. Trop peur de tomber sur mon fantôme.

C’est Maxence qui arrive en premier ce matin, Cerise est de repos.

« Je me suis encore fait agresser par Irand. Mais quand est-ce que ce vieux débris va arrêter de nous faire chier ?

– S’il arrête un jour. »

Les autres le rejoignent rapidement. Je sers un café à Maxence et lui tend un mug smiley.

« Non moi c’est la tasse the boss.

– Désolée, je ne connais pas encore très bien les habitudes de tout le monde. Un peu de lait et un peu de sucre. Voilà ! Qui est ce monsieur Irand ?

C’est notre proprio. Il ne peut pas nous encadrer et rêve d’un truc, c’est de nous voir partir. Tous les immeubles de l’impasse lui appartiennent.

Il a une proposition de rachat à condition que l’ensemble soit disponible.

– Un vieux type derrière des rideaux fleuris ?

– Oui, le vieux Gérard Irand, c’est ça ! Il est flippant, tu trouves pas ?

– N’exagère pas quand même. De toute façon, il ne peut rien faire, notre bail est indéfectible. La seule issue, c’est qu’on parte de notre plein gré », intervient Yvan

Dans la salle de réunion, je classe, tri, range avec Virginie. Nous sommes interrompues sans cesse :

« Tu n’as pas vu l’agrafeuse ? Les trombones ? Et les ramettes de papier ? Les formulaires B3 ?

Je ne retrouve plus le mail de la fédération Xcorp, tu sais pas où il est passé ? »

Virginie garde son sang-froid. Je sens pourtant une pointe d’exaspération quand je lui fais remarquer qu’elle officie plus en tant que secrétaire que comptable.

« Laissez, je vais y aller.

– Mais vous ne savez pas où…

– Oh, ça ne pas être bien difficile de trouver du matériel de bureau », lui dis-je avec un clin d’œil.

J’ai mon idée et je poursuis mes investigations. Je passe par l’armoire de la réserve dans le couloir et me dirige vers le bureau d’Amina :

« Trombone express !

– Ah ! Merci…

– Ça n’a pas l’air d’aller ? Une  panne d’inspiration ? Je peux vous préparer un petit thé, un café, un pépito ?

– Non, non, ça va. Yvan n’est pas là ? Oh, et puis, non, ça ne va pas ! En cherchant le projet pour la fédération Xcorp, je suis tombée sur un mail adressé à Béatrice.

Mail pour Béatrice

Mail pour Béatrice.

À la suite de cette découverte, Yvan convoque une réunion extraordinaire et il appelle Béatrice en visuoconférence.

« Oui j’ai été approchée par IDex il y a quelques jours. Oui j’ai réfléchi à les rejoindre. Mais de quoi vous m’accusez au juste ?

De vouloir quitter une boîte qui prend l’eau quand on m’offre un contrat en or ?

– Le projet du casque 4D…

– Mais le projet du casque 4D, il y a déjà 5 boîtes qui sont dessus. IDex a été la plus rapide à finaliser, c’est tout…

– Les similitudes par rapport à notre produit sont troublantes, tu avoueras.

– Oh, mais vous m’accusez, c’est ça ? Mais enfin Yvan je te connais depuis la fac avec Hector ! »

À la fin de la réunion, tout le monde se disperse en silence comme s’ils étaient assis sur un baril de dynamite. Des éclats de voix nous parviennent de l’espace de coworking : Kevin et Amina se crêpent le chignon.

L’une accuse l’autre de se servir de son poste de travail. Elle en est certaine : son siège a été baissé.

Le club des dingos.

dingue

skeeze / Pixabay/ Complètement dingue !

Pour calmer les esprits échauffés, Yvan propose de sortir des bureaux pour aller boire un verre. Virginie reste pour avancer dans le rangement. Cette fille est un monstre de maîtrise zen ! Je les accompagne.

En attendant que les commandes arrivent, je mets les pieds dans le plat :

« Bon levons nos verres. À l’espoir et au courage !

– Ouais, tu as raison, l’espoir fait vivre. Le sort s’acharne sur nous. On est maudit !

– Ou hantés ! » remarqué-je

« Dites-moi, Virginie c’est votre maman à tous ou quoi ? »

Maxence recrache sa bière dans son verre.

« Comment ça notre maman ? »

Amina, Yvan, Kevin et Maxence me racontent mi-empressés, mi gênés la kleptomanie de Virginie.

« Les objets volés dont vous m’avez parlés, c’était elle alors ?

– Peut-être.

– Moi ça m’étonnerait. Elle s’est soignée. Ça va beaucoup mieux depuis. Il y a très longtemps qu’il n’y a pas eu d’incident.

– C’est bien simple, la dernière fois, c’est quand Hector est parti, après le changement de serrure. Il avait embarqué ses clés et on a préféré changer le verrou.

Là, il y a eu une vague de petites disparitions et puis ça s’est tassé. »

Donc Virginie n’était pas leur mère à tous. S’ils lui demandent sans cesse de l’aide, c’est parce qu’ils sont tous persuadés qu’elle leur a dérobé quelque chose.

Yvan, en aparté, me dit de revenir le lendemain matin pour trier les papiers :

« Ça devient urgent, si je n’ai pas trouvé de solution avant la fin du mois, on va devoir faire les cartons.

Je dois l’admettre, mais sans Hector je ne m’en sors pas. »

Ouf ! Encore une soirée de gagner à l’extérieur de cet appartement lugubre.

Par contre, je décide d’arriver plus tôt le lendemain matin. Comme à l’accoutumée, impasse des Mougeottes, la vieille tête de cire derrière les rideaux me regarde passer.

Je rebrousse chemin. Je toque à la porte trois petits coups plutôt discrets. Rien. Mon index se colle sur la sonnette un moment.

« Qu’est-ce que c’est ?

Monsieur Irand ? C’est la femme de ménage de l’entreprise Fabrik Brain.

– Oui je sais, qu’est-ce que vous voulez ?

– J’aimerais discuter Monsieur Irand. Simplement discuter. J’ai vu quelqu’un emprunter votre poubelle et …

– Non, mais »

La porte s’ouvre à la volée et le vieux monsieur se dirige presque en courant vers l’extérieur de l’impasse. J’en profite pour jeter un coup d’œil rapide au rez-de-chaussée.

Si le papier peint et les meubles sont tout droit sortis d’une série télé des années 70, le salon est criant de modernité. J’ai l’impression d’être dans l’espace de coworking de la Fabrik Brain.

Sur la table de la salle à manger, trois écrans de taille différente sont orientés vers un fauteuil high-tech qui ressemble à celui d’une voiture de course.

Un vrai repère de gamer. Quelque chose m’interpelle encore plus.

Un poste scintille en noir et blanc. Il est séparé en quatre. On dirait la projection d’une caméra de surveillance.

«  Ah ben, faites comme chez vous, vous gênez pas! me dit-il tout essoufflé, les yeux exorbités.

– Oh, vous m’avez fichu une de ces trouilles ! Il faisait froid et je me suis dit que je devais peut-être appeler la police.

– Y avait rien du tout. Elles sont là mes poubelles.

– Le voleur a dû avoir peur en vous voyant arriver.

– Humm.

– Ça sent bon le café chez vous, dites-donc. »

En même temps que je lui parle, je cherche une accroche. Quel peut-être le point faible de monsieur Irand ? Il est vieux, il est geek et il veut vendre sa propriété. C’est confondant.

« C’est étonnant cette passion pour les ordinateurs pour quelqu’un de votre âge ?

– Vous voulez un café ?

– Volontiers. »

La cuisine est aussi étroite qu’un cagibi. Suffisante pour un célibataire.

« Quand ma femme est morte, je me suis mis à l’informatique pour communiquer avec mes petits-enfants.

Ah la belle affaire, ça n’a rien changé. On n’a pas plus de choses à se dire dans le réel que dans le virtuel, mais je me suis pris au jeu.

– C’est pour ça que vous avez décidé de vendre et de partir ?

– Vendre oui : je ne peux plus m’occuper des loyers, du ménage et ça ne m’intéresse plus, mais partir, ça, non.

L’acheteur reprend les locataires sans dénoncer leur bail donc tout le monde resterait si l’affaire se conclut.

– J’ai vu que vous aviez installé des caméras de surveillance. Vous avez repéré des mouvements suspects ces derniers jours ?

– À ces petits jeunes, ça vient, ça va à n’importe quelle heure. Le patron, Yvan et la comptable restent souvent très tard. Mais sinon, rien d’inhabituel…

Y aurait bien la petite nouvelle qui a des horaires un peu bizarres maintenant que j’y pense, enfin pour la boîte.

– C’est-à-dire ?

– Elle vient très tôt le matin. C’est toujours la première arrivée et de loin, une courageuse, je me suis dit. »

Indice boîte aux lettres avec les initiales GI

Le vieil adage me revient en mémoire : « dernier arrivé, premier coupable »

Avant moi, c’est la jeune Cerise qui a débarqué dans la boîte il y a un mois. Une recrue prometteuse d’après Yvan. Elle l’a impressionné avec son diplôme de MBA de la Silicon Valley. Un véritable prodige dans son domaine : la sécurisation des systèmes.

Une chance qu’elle ait souhaitée rejoindre Fabrik Brain, avait ajouté le jeune entrepreneur et un truc comme quoi, la vie était bien faite parfois. Oui, et moi je me méfie quand elle est trop bien faite justement.

Cerise arrive quand même avant tout le monde le matin. Elle a suffisamment de temps pour farfouiller partout.

Personne en vue.

Dans l’entrée, le fauteuil-estomac d’extra-terrestre me tend les bras. Tiens si j’essayais cet engin ? Ça me donnera peut-être une idée de qui vole les concepts de la FAB. Je m’installe avec précaution.

Je ne sais pas si ça fonctionne, mais c’est très confortable et en plus c’est tout chaud !

« Pas possible, vas-y GI Joe ! Check ! Check ! Check ! »

Qu’est-ce que c’est encore ! Je déboule dans l’espace de co-working et trouve Cerise attablée au poste d’Amina, un casque vissé sur les oreilles. 

Absorbée dans un jeu vidéo, la jeune fille s’acharne sur une manette et parle dans son micro. Elle sursaute quand elle me voit.

« Wahou, ça va pas de me faire peur comme ça ? Je décroche GI, rajoute-t-elle dans le micro de son casque.

– Qu’est-ce que vous faites ?

– Pas un mot à Yvan, s’il vous plaît. C’est un jeu en réseau, me répond-elle.

– C’est interdit ? C’est quoi comme jeu ?

– Heroes of the storm. Non ce n’est pas interdit, sauf pour moi. »

Repérée par les autorités pour ces activités de hacking, Super Cerise avait dû se reconvertir dans la sécurité informatique, seule condition valable pour se servir d’un ordinateur.

Elle m’assure que personne n’a tenté de hacker et ne hackera le réseau de Fabrick Brain avec le système de protection des données qu’elle a mis en place.

La porte s’ouvre et les autres employés de la FAB arrivent. Je regarde Super Cerise dans les yeux et la pousse de son siège. Je pose les écouteurs sur mes oreilles. Je suis sidérée quand j’entends la voix de GI Joe :

« Super Cerise, qu’est-ce que tu fous ? Eh ? Eh ? Y a quelqu’un ? », crie un vieux monsieur à l’autre bout du casque.

« Non, mais je le crois pas ! Antoinette qui joue à Heroes of storm ! T’es quoi ? Zagara, je le crois pas un spécialiste ! Non, sérieux ! T’es magique Antoinette ! », s’échauffe Kévin.

Je ne comprends pas un traître mot de ce qu’il raconte.

Je ne sais pas vraiment quoi éprouver : j’hésite entre fierté et honte. En attendant, Yvan a une nouvelle à nous annoncer :

«Hector nous a laissé une vidéo sur le Vlog. »

Retour du patron prodigue.

Révélation

giografiche / Pixabay/ Et la high light blue apparut !

Le film commence sous l’éclairage tamisé d’une tente. Hector a l’air d’avoir froid et la communication n’est pas bonne, pleine d’interférences et de résonnances.

« Salut ! J’ai préparé une petite vidéo rien que pour vous. Je ne pouvais pas attendre d’être rentré pour vous parler de ma nouvelle idée. La hight light blue : de la lumière issue de vos ordinateurs qui mime la lumière naturelle.

L’idée m’est venue ici au pôle Nord. Je suis en manque de mélatonine et j’ai réussi à combiner des diodes électroluminescentes à mon écran d’ordinateur.

Fini les inconvénients de la lumière bleue et bonjour les avantages de la luminothérapie. Qu’est-ce que vous en pensez ? Je vous envoie tous les détails. De toute façon, je rentre la semaine prochaine. Je règle certaines formalités et retour au bercail ! »

« Bon tout est bien qui finit bien ! dit Maxence.

– Oui, enfin si on veut !

– Qu’est-ce que vous voulez dire par là Antoinette ? Tout rentre dans l’ordre avec un projet pareil, on va enfin sortir la tête de l’eau, intervient Amina.

– Oui, enfin il faut vérifier la viabilité du projet et sa faisabilité. D’ici à ce qu’un de nos concurrents nous vole l’idée, rien n’est réglé. », ajoute Yvan en s’éloignant, attristé. 

*Cerise m’a été inspirée (de très très loin) par ma blopine geekette at home. Elle m’a inspirée mais soufflé aussi les termes de geek. Ce que j’aime chez elle, c’est qu’elle est geek, mais pas que…

Moi, je sais déjà qui s’introduit dans les locaux de la FAB et en veut à leurs projets et vous ?

Vous le savez ? Vous hésitez ? Votre solution ou votre hypothèse dans les commentaires ? Demandez plus d’indices dans les commentaires.


Si cette aventure vous a plu,

Partagez !

À bientôt,

Magic Antoinette.

49 réponses
« Anciens commentaires
  1. Dina
    Dina dit :

    Alors là, bravo Antoinette! Celle-ci n’est pas facile mais je donne mon hypothèse quand même.
    Je pense que le coupable est

    Spoiler Inside SelectionnezMontrez

    mais il est le fantôme qui habite dans le

    Spoiler Inside SelectionnezMontrez

    avec la complicité de

    Spoiler Inside SelectionnezMontrez

    . Il ne veut pas que la société se

    Spoiler Inside SelectionnezMontrez

    Merci Antoinette, encore pour une belle enquête.

    Répondre
  2. Alice
    Alice dit :

    Bonjour Antoinette,

    Quelle imagination !!

    Alors… Déjà, j’exclus Monsieur Irand de la liste des suspects : il joue en ligne avec Cerise mais ça c’est pas bien grave, si ? Et je soupçonne

    Spoiler Inside SelectionnezMontrez

    Ce serait donc lui qui se cache dans le

    Spoiler Inside SelectionnezMontrez

    , met le bazar partout et vole les Pépitos ? Mais à part ça je sèche (et si ça se trouve je me plante complètement) ^^’

    En tout cas c’était très chouette à lire, merci 🙂

    Répondre
    • Antoinette
      Antoinette dit :

      Bravo ! And the winner is Alice !!! Applaudissements, congratulations, you are the best👏👏👏
      Alice tu es la première à avoir trouvé la solution. Tu ne me vois pas là, mais je fais la danse de la solution.

      Répondre
« Anciens commentaires

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