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ENQUÊTES

Épisode#8


Bonjour,

Si cette lettre vous parvient, c’est que je suis en danger ou dans l’impossibilité de communiquer autrement. Je ne vais pas pouvoir vous parler avant un bout de temps, je pense. Il s’est passé un fait étrange à la CLEAN que je n’ai absolument pas le droit de partager (voir l’épisode#7). Je n’ai que quelques minutes pour vous envoyer ce courrier. Comme vous le savez, une série d’événements s’est multipliée récemment. Impossible de prévoir quand je reviendrai sur le blog. Ne vous inquiétez pas, quelqu’un s’assure de la maintenance et l’alimentera régulièrement. Et dire qu’au début, tout ça n’était qu’un jeu !

Je me souviens de mes motivations au départ. Pourquoi lesenquetesdantoinette.com ? Vous voulez savoir ? Ça a du bon parfois de se retourner sur le chemin parcouru. Ma situation actuelle est propice à ce type d’exercice. L’isolement favorise l’introspection. Profitons-en.

M. Anselme, le directeur de la CLEAN m’avait embauchée comme femme de ménage. Nouveau job, nouvel appart, nouvelle vie. Moi qui avais peur de m’ennuyer. Plusieurs missions chez différents clients. Repassage, dépoussiérage, rien de très excitant. Seulement parmi tous ces trucs barbants, il s’est passé des choses étranges : vols, disparitions, agressions. Au début pas grand-chose, des objets pas à leur place, des détails qui clochent, des petits riens qui coincent. Rien de très alarmant. Non rien pour le commun des mortels, mais l’effet papillon pour Antoinette. Quelque chose qui trotte dans la tête comme le refrain d’une chanson, qui vous fait vous retourner dans votre lit et vous agace au plus haut point. Jusqu’à ce que vous mettiez la main dessus. Un sentiment d’inconfort. Plusieurs fois par jour vous vous demandez d’où elle vient cette angoisse, ce murmure : « y a quelque chose qui va pas, quelque chose qui ne tourne pas rond ». J’ai mis du temps à m’y intéresser. Je l’ai enfoui sous un gros coussin de réassurance :

« Arrête de t’inventer des histoires, ça ne va rien amener de bon. » 

Et puis le doute s’était installé aussi solidement qu’une tique sur un chien, indéboulonnable. Le doute, qui se transforme en curiosité. On ne se refait pas. À presque 40 ans, je suis et resterais une éternelle curieuse. Oui, j’ai un faible pour les potins. Ô pas pour les raconter à tout va et alimenter la gazette du quartier, mais pour connaître vraiment la personne, pour sonder l’âme et savoir qui vraiment j’ai en face de moi. Je ne sais pas d’où ça vient cette passion pour déterrer les secrets. Peut-être parce qu’on m’en a trop cachés ? C’est vrai que j’ai l’impression d’avoir 6 ans :

« Dis pourquoi la mer elle est bleue, pourquoi le cœur bat ? Pourquoi elle est grosse ? Pourquoi cette fille se marie avec ce type de deux fois son aîné ? Pourquoi a-t-il arrêté ses études pour vivre dans le Larzac ?  Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?»

Je ne savais pas encore à l’époque où le blog et où cette curiosité maladive allaient me conduire. Et puis parfois on s’accroche à des idées comme celle-là, parce qu’il n’y a rien d’autre, parce que la vie est comme ça. Moi j’aime bien m’accrocher à ces petites bulles qui ne m’appartiennent pas vraiment.  

Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? Pourquoi maintenant ? Peut-être parce que je suis acculée, peut-être parce que je ne peux plus reculer. J’ai créé ce blog pour relater et partager toutes ces bizarreries avec vous et pour que vous m’aidiez à en trouver les solutions. Au début c’était amusant et puis c’est devenu un peu glauque quand même. C’est sûrement un jeu pour vous mais pour moi c’est très sérieux. Ça m’a permis de mettre mes idées à plat et d’avancer jusqu’à aujourd’hui.

J’ai été bien naïve, naïve de croire que je pouvais résoudre toutes ces énigmes toute seule, juste pour la satisfaction de le faire, naïve de croire que de connaître les petits secrets des gens, de rentrer dans leur intimité n’implique rien d’autre que moi–même.  Aujourd’hui tout va changer parce que je me suis trompée. Je pensais que je pouvais résoudre des enquêtes comme ça, pour rigoler et m’amuser, mais là ce qui s’est passé, ce qui m’est arrivé me montre que c’est impossible. On ne rentre pas dans la vie des gens sans une bonne dose d’implication. C’est vrai que je suis d’une naïveté maladive. Je crois. J’y crois. Déjà à l’école, si un camarade me disait que ses crayons avaient appartenu à un grand dessinateur, j’étais capable d’échanger ma boîte de crayons neufs. Tout ça pour m’apercevoir la seconde d’après que j’avais commis une énorme erreur. C’était juste des crayons bien pourris et même pas taillés. L’avantage de cette tare, c’est que je crois en des choses auxquelles personne d’autre ne croit. En fait, je vois des choses que personne ne voit non plus.

« Est-ce que que Mister Blow a pu détourner de l’argent pour s’envoler avec sa maîtresse ?

— Non, ce n’est pas du tout son genre. C’est impossible. Il a tout. Une femme charmante, des enfants adorables, un boulot intéressant. Non, aucun risque. »

Personne n’avait vu que Mister Blow s’emmerdait à 100 sous de l’heure. Et sa petite vie étriquée de magasine lui pesait pire qu’un boulet de trois tonnes. Avec ces costumes en micro-fibres et sa montre high-tech, Mister Blow ce qui le fait kiffer c’est les montées d’adrénaline, les sports extrêmes et les party’ teilles au casino. On ne vit qu’une fois.

Champagne fête

Qu’est-ce qu’on s’amuse avec Mister Blow !

En fait, ce qui est bien avec la naïveté, c’est que tout est possible et qu’aucune piste n’est écartée. À moindre dose, cela éviterait que je me lance dans des causes perdues d’avance comme l’apprentissage du violon ou la couture. Eh oui, c’est peine perdue. Le seul tricot que j’ai réussi à finir ressemble au gilet du père Noël est une ordure. Mais à la base, si je me suis lancée dans ces hobbies, c’est que je croyais dur comme fer pouvoir devenir le premier prix de conservatoire ou styliste réputée. Alors je persévère jusqu’à ce que je prenne conscience que j’ai le pouvoir de faire saigner les oreilles de mes voisins et qu’habiller les gens avec des trous, bah c’est un concept, mais non en fait. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais s’avouer qu’on s’est trompée, c’est un exercice très compliqué.

Ma principale qualité c’est la remise en question, là-dessus je ne me trompe jamais ! (Vous pouvez tweetez ça)

Pendant longtemps j’ai cru que c’était de la ténacité, jusqu’à ce que je m’aperçoive que ce que j’appelais ténacité, d’autres l’appelaient acharnement. Jusqu’à ce que je me rende compte que je ne suis pas faite pour une chose, je m’acharne. Le tricot, ce n’est pas mon fort, la couture ce n’est pas mon fort, le dessin, la photo ce n’est pas mon fort. Mais pour vous peut-être que si ?

photophore

Si vous avez résolu ce rébus, rendez-vous ici http://lesenquetesdantoinette.com/la-veritable-histoire-dantoinette

Parce que oui, l’Antoinette comme la tique s’accroche au moindre espoir, au moindre signe que ça va marcher. Elle ne lâche pas l’affaire. Mais il n’y a qu’une mince cloison de HLM entre la persévérance et l’acharnement.

« Il est temps de décrocher, Antoinette ! Fais attention !

— Je suis large, très large j’ai encore deux secondes avant de m’encastrée dans le mur.

— Décroche on te dit

— BAOUM ! »

Ce que ça peut être usant d’être comme ça, je vous assure. Et là on parle de tricot et de couture, si seulement ça s’arrêtait au massacre de pelotes de laine.  Mais je suis comme ça aussi avec les autres  et là ça peut devenir pénible.

« Bonjour. Je t’aime bien et je voudrais que toi aussi tu m’aimes bien. Tu veux être mon ami ?

— Non, je n’aime pas les femmes de 40 ans qui parlent comme des gamines de 6 ans. Arrête : c’est bizarre et ça me rend mal à l’aise.

— Ah bon ? Tu ne veux pas être mon ami ?

— …

— Vraiment pas ? Je ne voudrais pas avoir l’air d’insister, mais tu es sûre, tu ne vas pas le regretter ? »

Si j’ai été comme ça avec vous, n’hésitez pas à me le signaler, c’est pour l’amélioration de mon karma, rendez-vous dans les commentaires. Il est vrai que ces derniers temps je me suis soignée un peu. Je me la suis jouée très discrète. Je fais mon petit travail, mes petites missions et je ne vois plus personne à part mon voisin, mon patron et quelques clients de ci de là. Il faut le reconnaître : j’ai fait de gros progrès depuis quelques mois. Mais un mal en chasse un autre. Sans personne à qui parler, j’ai vu des mystères qui n’en étaient probablement pas. Et pourtant, je me retrouve bien là aujourd’hui, enfermée en ayant vu des choses effroyables.  Il s’est passé quelque chose d’anormal qui ne fait que confirmer que j’avais raison. J’ai fini par le découvrir.

J’espère à bientôt pour de nouvelles aventures. Si je m’en sors, je vous promets de nouvelles rubriques, de nouvelles surprises parce qu’Antoinette avant d’être une enquêtrice, c’est une femme, une blogueuse, une curieuse qui aimerait partager ses découvertes, qui elle est et ce qu’elle fait avec le plus de monde possible. Promis, je ne l’oublierai plus jamais. Eh oui, aujourd’hui je me suis un peu épanchée, mais c’est au pied du mur que l’on reconnaît l’arbre (ça se tweet aussi ça, non ?  

Et vous quelles sont les qualités que vous ne devez plus jamais oublier ?

Antoinette

28 réponses
  1. coryne vezien
    coryne vezien dit :

    Ben dis donc Antoinette semble en bien mauvaise posture ! J’espère qu’elle va réussir à se dépatouiller de tout ça.
    Pour répondre à la question, la qualité à ne jamais oublier : tu peux le faire. Oui je sais ça fait très arrogant 😎

    Répondre

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