ENQUÊTES

Le Millefeuilles de Galipettes, épisode 11

Mardi 17 octobre

Un vent frais m’accueille rue des Mogettes, je frissonne. Les feuilles forment un tapis ocre et plissé sur les trottoirs. La ville se pare de teintes ternes. Tout s’affaisse. Tout est là pour nous dire que ce qui est monté doit redescendre un jour. Quand je tourne à l’angle de l’avenue du Colonel Hanz et de la rue du Platane sur la place Sébastopol, l’effervescence du marché contraste avec le reste de la ville, comme une bulle d’humanité qui éclate à sa surface. Tout y est si vivant et bruyant. Je passe entre les contre allées. Les odeurs mélangées d’agrumes, de viandes et de fromage tourbillonnent jusqu’à mon cerveau à me faire oublier pourquoi je suis là. Je m’arrête au stand du maraîcher. J’y achète endives et pommes. Puis  au bout de la place qui se sépare en différentes artères comme les rayons d’un soleil, je rejoins le café L’Olympique. Je pousse la porte de son enseigne vieillotte et embuée. Au nombre d’habitués accoudés au zinc, je présume les 10 heures bien sonnées. Je rejoins le groupe assis au fond de la salle près d’un grand miroir tanné. J’ai été invitée par Mireille, une collègue de la CLEAN, pour faire connaissance avec des collègues du quartier.

«Tu vas voir. Elles sont super sympas » m’avait-elle dit. Mireille n’a pas menti. Je m’attable comme lors d’une réunion des alcooliques anonymes. Elles se présentent chacune leur tour.

« Moi, c’est Josette, je suis la concierge de l’immeuble de la rue Mouftard, me dit une grande blonde en chignon et robe fleurie.

– Et moi Simone, gouvernante chez les Duvernet.

– Oui, bon ben vous n’allez pas toutes déballées votre Curriculum vitae hein, on n’est pas à un entretien d’embauche, interrompit Mireille. »Puis elle reprend.

– Agathe, Paule et Sophie, la petite blonde. Tu l’excuseras, elle est un peu stressée, elle se marie la semaine prochaine.

– Ah ? Toutes mes félicitations, ai-je osé

– Mais tu vas lâcher ce foutu téléphone. S’il te flique maintenant, qu’est-ce que ça va être quand tu auras la bague au doigt ?

– Oh allez, laissez-moi tranquille. Vous savez bien qu’il est super jaloux. C’est plus l’essayage de ma robe qui me stresse là. J’ai pris une demi-taille d’après la couturière. C’est comme ça. Si on parlait plutôt du repas de jeudi ? J’espère que vous comprenez ?

– Mais oui, ne t’inquiète, un mariage, c’est une bonne circonstance atténuante.

– Oui, C’est bien gentil, mais qui va organiser notre repas de jeudi ? Parce que ça décale tout dans le planning. Ça complique tout, cette histoire…, diatribe Simone en sortant un petit agenda.

– C’est à propos de notre dîner mensuel, me prend à partie Mireille. On se rencontre toutes les six, les unes chez les autres pour manger et jouer aux cartes le 3ème jeudi du mois. Ce jeudi, c’était le tour de Sophie et comme elle se marie, on va d’autre choix que d’annuler

– Bye, bye les potins, lance Simone, par exemple qu’elle est le genre de mec de Mireille. Elle craque pour Stattam, tu savais ?

Moi, mon Greg aime les méditerranéennes au tempérament volcanique et il va se retrouver marié avec une petite blonde, vous ne trouvez pas ça bizarre ?

Je proposais avec ardeur de remplacer Sophie. Les regards braqués sur moi, je relate mon expérience auprès de la famille de Windsor et du célèbre chef Le corbusian, pour les rassurer. Mireille m’assène un regard de feu. En silence, Simone griffonne une liste sur un morceau de papier.

listes des spécialités culinaires

Vegan, sans gluten, bio, et puis quoi encore ?

« Ah d’accord ! Et on arrive encore à être fin gourmet avec tout ça ? », ai-je rétorqué en montrant la liste au groupe dont la plupart des visages s’empourpre. Sophie se rapproche de moi pour me glisser :

– Le gluten, c’est moi. Sans rire, je te fais confiance, hein, si j’en prends ne serait-ce qu’une bouchée, je gonfle comme une baudruche, déjà que j’ai du mal à rentrer dans ma robe. » Et son rire résonne nerveux dans la salle du café.

J’ai dû réfléchir longtemps avant de trouver un plat qui plaise à tout le monde. L’idée surgit après une belle balade en forêt. Je procède à quelques vérifications et lance mes invitations par SMS.

SMS envoyé par Antoinette

StockSnap / Pixabay /SMS 

Prêtes pour les

                      galipettes ?

Après quelques courses je rentre dans mon petit appartement. Catson ronronne à mes pieds. « Tu te rends compte si tu devenais intolérant aux crevettes ? 

– Mwaouh !

– Oui, tu as raison, c’est idiot.

– Alors cette recette de millefeuilles de Galipettes. »

Et comme pour joindre le geste à la parole, il se contorsionne dans tous les sens.

Recette du Mille feuilles de galipettes.

fiche recette

Le millefeuilles de galipettes.

C’est ma balade en forêt qui m’a donné cette idée qui va réconcilier tous mes camarades. Je rajoute un peu de mozzarella tout de même à la place du tofu. Je n’en ai pas trouvé et on y verra que du feu.

Jeudi 17 octobre. Soirée du repas entre filles.

Sophie arrive la dernière. Elle revient de chez sa couturière. J’ai réussi à concilier les « caractéristiques » culinaires de mes nouvelles amies. Je me sens comme le président de l’assemblée nationale  qui dirige les débats politiques en pleine séance publique. Mais mon millefeuille de galipettes fait sensation et même la future mariée, angoissée par ses préparatifs et ses essayages, se détend peu à peu. Je me souviens juste de sa colère après sa couturière, encore en retard pour ses retouches. En plus, Sophie a égarée son portable. Son Greg l’appelle toutes les heures en bon jaloux pour la suivre à la trace. Mais le plus important dans tout ça, c’est qu’elle risque de  louper la confirmation de la dégustation du lendemain avec le traiteur.

Opération galipettes réussie !

Mardi 24 octobre. 10h17

J’ai hâte de retrouver mes nouvelles amies à l’Olympic après mon marché. Je lance un bonjour à la cantonade et me dirige d’un pas assuré vers l’arrière salle . Sophie pleure à chaude larme dans un mouchoir brodé et fleurie, certainement celui de Simone. Les autres tentent de la consoler, mais cela paraît une entreprise plus que difficile. Je tente de briser la glace :

« Mais qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce qui vous arrive ? Quelqu’un est mort ? »

Je me suis toujours dis que pour obtenir la vérité, il fallait la simuler. Et là le pire que je puisse imaginer, c’est que quelqu’un soit mort.

« Antoinette, tu es folle. Bien sûr que non. Greg, le fiancé de Sophie a décidé de reporter le mariage qui devait avoir lieu samedi si tu te souviens…

– Et pour couronner le tout, je ne rentre plus dans ma robe, s’empresse d’ajouter Sophie.

– Mais pour quelle raison ?

– Nous avons bien notre petite idée. Justement. Pas toi ? Tu te souviens comme Greg est de nature jalouse ?

– Comment ça ? Je ne vois pas ce que j’aurais à voir dans toute cette histoire. »

Sophie prend alors la parole, toute mouillée par de longs et profonds sanglots.

« Il m’a dit qu’il avait reçu des SMS équivoques.

– Oui, et alors ?

– Tu te souviens du SMS concernant le menu de jeudi dernier que tu nous as envoyé ?

– Oui… Enfin je crois… »

Pas le temps de convoquer ma mémoire qu’Agathe dégaine son portable pour me l’agiter sous le nez :

Préparez-vous pour un millefeuille de galipettes les filles !

« Et vous pensez que c’est ça qui a amorcer les hostilités avec Greg, sérieusement ?

– Je ne vois rien d’autre, étouffe Sophie dans un sanglot.

– Eh bien, excuse-moi de te dire que si c’est seulement ce SMS ridicule qui a causé la remise en question de votre mariage, c’est plutôt une bonne chose pour… Aïe ! »

Le pied de Mireille dans mon tibia me tire une larme. Pour détourner la conversation, Mireille enchaine :

« Essaie de te souvenir, c’est vrai que ce simple SMS paraît un peu mince pour avoir déclenché la décision de Greg. Il n’y aurait pas autre chose ?»

Sophie se souvient :

« Tout s’est dégradé après la soirée chez Antoinette. Quand je suis rentrée à la maison, il était parti et m’avait laissé ce mot, raconte Sophie.

Elle montre un morceau de papier plié en quatre et me tance de son regard le plus noir.

Mot de Greg :

Enquête Antoinette

Comment larguer sa fiancée à 2 jours du mariage…

A la lecture du mot de son fiancé, les larmes de Sophie redoublent. Je repense à cette bonne soirée que nous avons partagé jeudi.

 « Je pense que c’est par là qu’il faut commencer. Par le téléphone. Tu l’as retrouvé, je suppose ? »

Les filles me regardent avec des yeux ronds, des chats devant une cuillère. Devant mon insistance, Sophie finit par répondre :

« Je l’avais oublié chez la couturière, mais… »

Mireille me prend par le bras et m’éloigne de la tablée :

« Ecoute Antoinette, je t’aime bien, ce n’est pas la question. » Elle baisse la voix. « Ne recommence pas, ne recommence pas à fouiner partout, à inventer des histoires.

– Enfin, tu crois vraiment que c’est mon SMS qui a fait fuir « son Greg » ? Sérieusement, Mireille ! »

Elle soupire.

« Je n’y suis pour rien moi si son fiancé est un jaloux, sceptique et idiot. C’est un monde quand même ! Je veux bien être responsable de beaucoup de chose mais pas de ça ! Laisse-moi leur prouver que je n’y suis pour rien.

– Bon d’accord, mais tiens-là le plus possible éloignée de tout ça, ok ? Elle est déjà assez chamboulée.

– Oui. Mais il va me falloir quelques numéros de téléphone. Tu sais toutes les vérités ne sont pas bonnes à entendre.

– Ce sera toujours mieux que de la voir dans cet état.  », grommelle Mireille.

Le fiancé

Mon premier objectif est de contacter « Greguinounet ». J’en saurais plus sur sa motivation à reporter le mariage : une indigestion, une crise passagère ou un mal plus profond. Si c’est mon maudit SMS, eh bien je lui expliquerais le quiproquo, même si un type qui agit de la sorte n’est pas le meilleur parti pour Sophie, selon moi. Mais mettons de côté nos convictions personnelles et prenons notre courage à deux mains.

Au téléphone, Greg est assez taciturne. Le message des galipettes, en guise de mise en bouche, l’a bien émoustillé, c’est qu’il démarre au quart de tour !

Conversation SMS

Sreenshot du portable de Sophie

Il a été suivi d’un autre SMS en guise de Hors d’œuvre le mercredi 18h00. Inutile de vérifier, Sophie possède bien un papillon au creux de ses reins. L’auteur est bien renseigné.

Pour le plat de résistance, jeudi à 19H37, avec la couleur de ses dessous.

Et pour finir, en dessert, le samedi à 10H45, plus classique mais imparable quand on sait que le samedi, à 10H45, le futur marié était à son entraînement de foot.

Bon, une chose est sûre : ce n’est pas mon seul SMS qui a déclenché la colère du futur ex-fiancé. Quelqu’un en veut à Sophie et il connaît le tempérament maladivement jaloux de l’amoureux.(en plus de son anatomie et de ss sou vêtements) J’apprends, dans la suite de la conversation, que le jeune homme est parti réfléchir chez sa maman à Pornic. J’omets de lui préciser que l’auteur du premier SMS, c’était moi : inutile de rajouter de l’huile sur le feu.

Je ne connais Sophie, comme ma nouvelle bande de copines que depuis une semaine. Comment découvrir qui lui en veut à ce point ? Je dispose pourtant d’un autre indice. Elle dit avoir pris une demi taille. Encore une fois tout m’accuse. Je sais cependant que je n’ai pas utilisé de gluten dans ma recette, de la mozzarella, oui, mais pas de gluten. Donc je n’y suis pour rien concernant la demi taille. Mais comment retracer le trajet gastronomique de Sophie depuis notre dernière rencontre ? Il y a tout lieu de penser que le coupable gravite de près ou de loin autour du mariage. Et si j’allais faire un tour chez le traiteur ? Ça tombe bien : j’ai une petite faim.

Hypothèse

Quelqu’un en veut à Sophie au point de faire annuler leur mariage. C’est quelqu’un de proche du couple : il connaît la jalousie de Greg et la couleur des sous vêtements de Sophie

Le traîteur

Ce n’est pas vraiment le moment de déranger Maître Dubonnet. Tout le monde est en pleine effervescence. Les mousserons farcis côtoient les cailles en habits. Que du beau monde ! J’ai l’impression de surprendre Vatel en plein stress. Il me remarque enfin :

« Plait-il ?

– Je viens vous voir au sujet du mariage de Sophie Plantier et Greg Buisson. » 

D’un coup, le maître redevient un type ordinaire à l’accent piqué d’argot.

– ça sent pas bon, ma petite dame. Non, quand ça commence comme ça, c’est que la pomme est pourrie. Tout foire dans ce mariage. Du sans gluten pour la princesse. Beaucoup de chichi, beaucoup de tralala. Mais pourquoi je me suis lancé là-dedans moi ! Et la belle-mère qui s’en mêle à moins de 7 jours… Tout ça pour en arrivait là !

– Ah bon ? Qu’est-ce qu’elle voulait ?

– Mais vous êtes qui vous au fait pour poser toutes ces questions ?

– Moi ? Un témoin de la mariée.

– Bah, alors vous devez déjà tout savoir. Bon c’est pas tout ça ma petite dame, mais j’ai du boulot et si Dieu le veut on se verra la semaine prochaine pour le mariage, mais à votre place j’y croirais pas trop. Et vous ma petite dame, c’est pour quand le mariage ?

– Oulala ! » Il m’adresse un clin d’œil bien appuyé. J’en profite pour relancer la discussion.

« Aucun amateur pour l’instant. Mais dites-moi, il y a eu une dégustation vendredi dernier ?

– Oui, mais ce n’est pas moi qui m’en suis occupé, c’est mon adjoint. La plupart du temps à quelques jours du mariage, c’est une formalité pour rassurer les mariés.

– Vous confectionnez donc les mêmes plats que ceux qui seront proposés lors de la cérémonie ? »

Un léger toussotement, précède son affirmation :

« Oui, oui, forcément, pourquoi, il y a eu un problème ?

– Non, pas que je sache. Moi j’avoue ça me stresse toutes ces intolérances et ses allergies alimentaires imaginaires. »

Monsieur Dubonnet me regarde en coin pour gauger à quel point il peut me faire confiance. Je continue :

« Ça me rappelle quand j’étais au service des Villeurois. Madame accroc au bio, la fille végan, Monsieur adepte du paléolithique. Il n’y a avait pas assez de jours dans la semaine pour satisfaire tout le monde, dis-je dans un éclat de rire, la confection des repas étaient devenus mission impossible.

– Tu m’étonnes, ah tous ces bobos, un vrai casse-tête.

– Ah oui, il oublie que la bouffe ça doit rester avant tout un plaisir non ? Enfin, moi, j’avais trouvé la solution.

– Ah oui ? Laquelle ?

– Même menu pour tout le monde, juste l’étiquette qui change ! Ils se sont jamais aperçus de rien !

– Ah, ben elle est bonne celle-là. Ben ici, elle est encore meilleure. C’’est la belle-mère qui trouvait que ça faisait trop de chichis. Elle est passée pour dire qu’on annulait tout le tintouin sans gluten. Je me retrouve avec une cargaison de farine de la préhistoire à plus savoir qu’en faire. C’est pas ça, mais je vous raconte pas sa tête quand je lui ai dit que je lui facturais le buffet avec au même prix que le sans. C’est à y perdre ses petits, moi je vous le dis. »

Cette petite conversation, me permet de tirer quelques hypothèses sur la dégustation et sur le menu de la cérémonie.

En plus, j’ai appris qu’il y avait quelques distensions dans la famille, notamment avec la belle-mère.

Hypothèse

Le menu du mariage a été changé par la belle-mère. Adieu le sans-gluten.

Les demoiselles d’honneur

Une bonne source d’informations, de suspects et d’indices, les demoiselles d’honneur. Mireille m’a fourni la liste de 6 jeunes filles prêtes à tout pour un bouquet. Même pour une Antoinette, ça fait beaucoup. Et comme je ne dispose que de peu de temps, il est convenu que je rencontre ces chères demoiselles chez la couturière, pendant leur dernier essayage.

Je me rends donc rue des Lilas au numéro 25 avec une liste de six noms dans la poche. J’ai grignoté quelques petits fours cordialement offerts par Dubonnet et Cie sur la route. Quand j’arrive à 13H à l’atelier d’Angeline Bonnafortuna, je trouve porte close. Devant moi s’affichent les horaires :

boutique de la couturière avec les horaires

Boutique de la couturière

Bon, je décide d’appeler sur son portable, puisque selon les horaires, elle se trouve en plein essayage et certainement avec mes demoiselles d’honneur. Quelques secondes plus tard, une petite brunette, m’accueille avec énergie. Elle pose son regard plein de malice sur moi et me dit :

« Vous êtes Antoinette ? Elles sont toutes là-haut. Je vous précède. »

Elle porte un bombers en soie avec une moto rouge brodée dans le dos. Elle n’a rien de conventionnelle cette petite bonne femme. Ses knickers claquent contre les marches de l’escalier qui nous mène au deuxième étage du duplex. Des éclats de rire se répandent de la mezzanine ainsi que des morceaux de dentelle comme des meringues géantes qui tombent du ciel. Là, six jeunes filles en tenue d’apparat semblent attendre qu’on vienne les démouler. Le dégradé pastel me donne un peu mal au cœur. Trop d’harmonie, je pense.

« Installez-vous, me glisse la prévenante Angeline, je vais préparez du thé »

Je me pose comme au milieu d’un nuage et commence les hostilités.

« Vous vouliez avoir la chance de les porter au moins une fois toutes ensemble ?

– Ah ben super! Ça va bien leur porter la poisse ! »

Inutile de procéder à l’appel : à côté de chaque nom sur la liste, Sophie a eu la délicatesse d’adjoindre la couleur. C’est la pêche qui vient de parler : Sandrine Clamart.

– Sophie nous a dit que vous étiez là pour aider à ce que la cérémonie se déroule bien samedi, me lance une petite rousse en vert amande, Claire Vernet.

– Oui, enfin, je ne suis pas la fée clochette non plus ! Je suis là pour découvrir qui en veut à Sophie au point de voir son mariage annulé.

– Voilà le thé, annonce Angeline la couturière.

– Allez hauts les cœurs les filles. Il n’y a pas de raisons que Don Juan ne se reprenne pas, lance la plus potelé des six dans sa robe rose saumon, Solange Patoule.

– Don Juan ? C’est comme ça que vous appelez Greg ?

– Oui, c’est un pied de nez à sa jalousie ! affirme une grande bringue en bleue lavande. Si je m’en réfère à ma liste, Brittany Lewinson.

Je surprends deux sourires de connivence dans les tasses de thé. Je porte la mienne à la bouche et j’ajoute :

« J’aime bien la couleur, mais j’aime pas l’odeur. »

Je regarde derrière mon épaule pour vérifier qu’il n’y a pas de surveillante d’internat dans les parages  et sort une petite flasque de rhum de ma veste. J’en verse quelques gouttes dans le contenu de ma tasse et en propose à la ronde. Quand je la rebouche elle est presque vide. Le sujet de l’interrogatoire devient beaucoup plus fluide mais pas moins animé. D’ailleurs la petite couturière vient nous interrompre pour nous demander si nous en avons encore pour longtemps. Je lui lance un clin d’œil de connivence. Elle soupire et redescend, compréhensive.

« Chez moi, on dit que les surnoms ne doivent rien au hasard. Moi, le mien, c’est Baba, dis-je, en levant la flasque et c’est le fou rire collectif.

– On peut bien te le dire maintenant Brittany, dit la rousse en s’adressant à la grande lavande, le plus jaloux des deux ne devrait pas être celui qui l’est.

– Wahou ! C’est moi où il faut remettre des mots dans l’ordre !

– Ce que Magali veut dire, c’est que Sophie aurait plus de raison d’être jalouse que Greg.

– Mais qu’est-ce que vous insinuer les filles ? Ça ne va pas de dire des choses pareilles.

– Eh, je n’invente rien. Dans son patelin natal, il a une réputation qui le précède si tu vois ce que je veux dire, insinue Magali Havanas un peu éméchée dans sa robe lilas.

– Tu as des preuves de ce que tu avances ? Ce sont des horreurs !

– Il paraîtrait qu’il a failli se marier une fois et que la veille de son mariage sa fiancée à découvert qu’il l’a trompé avec une de ses meilleures amies.

– Tu racontes n’importe quoi, tu n’as aucune preuve. »

Magali hausse les épaules. Cette fois Angeline nous somme de partir. Les filles doivent encore se changer. Et elles ont nettement moins d’entrain que tout à l’heure. Je m’éclipse et remercie encore la couturière pour son accueil. Je la félicite sincèrement pour la décoration de sa boutique. Les couleurs et les matières naturelles m’évoquent la mer.

« C’est ma Corse natale, je l’ai quittée il y a moins de deux ans, la marée, les vents dominants»

Par politesse, je lui demande quelques cartes de visite. En formulant une nouvelle hypothèse dans ma tête : rien n’est fondé mais Greg Don Juan n’est pas l’oie blanche qu’on m’avait présentée au début. Je me demande si ce mariage est une si bonne idée. En réajustant ma veste, je sursaute. Une meringue citron pâle me tapote l’épaule. Oriane Laporte, une des 6 jeunes filles que j’ai interrogée quelques minutes plus tôt, beaucoup plus discrète que les autres, m’a rattrapée dans la rue.

« Excusez-moi, mais je préférais vous parler seule à seule. »

Je vais  peut-être enfin découvrir la vérité sur le beau Greg.

« Mon frère travaille avec Greg, ils sont collègues dans la même boîte informatique. C’est comme ça que je l’ai rencontré.

– Alors, c’est vrai que sa réputation le précède ?

– Comment ? Je n’en sais rien ! Non… Enfin, aucune idée, dit-elle en se passant la main dans son chignon défait, Non, j’ai su par mon frère que Greg avait reçu un courrier bizarre au bureau, il y a quelques temps, un courrier plutôt flippant. Je sais que Clément, mon frère, lui avait conseillé d’en parler à la police. »

Je hausse les sourcils.

« Quand vous nous avez dit que vous cherchiez quelqu’un qui en voulait à Sophie, ça m’a fait penser à ça. C’est tout.

– Qu’est-ce que c’était ce courrier?

– Heu… Le plus simple, c’est que vous me donniez votre email et mon frère vous enverra un scan du courrier. Ok ? »

Elle sort son portable et je lui dicte mon adresse. Ses bras se couvrent de chair de poule. Elle me salue et me souhaite bonne chance.

Et si je m’étais trompé de cible ? Si la victime n’était pas Sophie mais Greg ?

Hypothèse

Celui a qui on en veut n’est pas celui qu’on croit…

La belle-mère.

La ville de Pornic, Bretagne

salorgesvo / Pixabay/ Pornic

Dans la rue, je me dis que j’ai encore un gros morceau à affronter en attendant ce courrier : la belle-mère. Avec le rhum dans le sang, Baba Antoinette ne se pose pas de question : oui elle va l’appeler. Il faut agir vite : avant que le courage ne me quitte en même temps que l’alcool. Je pousse la porte du premier troquet qui croise ma route. La petite clochette sonne comme mon arrêt de mort : ça passe ou ça casse. Je découvre la vérité et samedi sera le plus beau jour dans la vie de Sophie et pas parce qu’elle a échappé au pire goujat qu’il puisse exister sur terre.

Madame Buisson est assez collet montée de prime abord, même si je me présente comme la marraine de Sophie. C’est un coup de poker, je ne sais pas si les deux familles se sont déjà rencontrées. Puis elle se radoucit quand je lui parle du bonheur de sa progéniture, de la sincérité de Sophie. Je m’avance un peu quand je parle de la malveillance dont ils ont fait l’objet tous les deux. Mais si elle est en cause, elle niera que son fils soit en danger. Rien ne laisse penser qu’elle soit responsable de l’envoi des SMS : c’est son mari qui a décidé de changer le menu à la dernière minute. A la hauteur des frais engagés, il essayait de réduire la note de tous les côtés. Elle allait bien entendu prévenir Sophie afin qu’elle ne soit pas malade. Comme le mariage allait peut-être annulé, elle avait remis et attendait la décision de son fils. J’évoque encore avec elle l’existence d’une précédente fiancée à Pornic. C’est à ce moment que le ton change :

« Une fiancée ? Comment pouvez-vous dire qu’il était fiancé. Mon Dieu, mais mon fils ne lui  avait rien promis. Il sortait ensemble depuis quelques semaines. Cette pauvre fille s’est montée la tête, elle était folle, complètement folle, une famille de dégénérée malheureusement. Un effroyable souvenir.

– Vous savez ce qu’est devenue cette jeune fille.

– Elle vivait seule avec sa sœur. Après sa tentative de suicide, elle a été internée à l’hôpital de Brest. Malheureusement, j’ai appris qu’elle était décédée il y a presque trois ans.

– Vous vous souvenez de son nom ?

– Ça ne s’oublie pas : Chanzvat »

Hypothèse

L’ex-fiancée de mytho ne peut avoir envoyer les SMS tendancieux, ni envoyé la phot à Greg : elle est décédée. Mais qui alors ?

Il est temps de retourner voir Sophie. J’ai donné rendez-vous au deux fiancés chez Mireille pour leur parler de leur avenir, mais aussi de leur passé. En tout cas, contrairement à ce qu’on pouvait penser, certaines personnes vont devoir fournir des explications et ce ne seront pas celles que l’on croit. Ensuite chacun sera libre de prendre sa décision.

Alors croyait vous savoir qui a envoyé les SMS à Greg ? A-t- il des raisons d’être jaloux ? Laquelle de mes hypothèses mérite d’être confirmée ?

Ah oui j’oublié, le mail reçu au bureau par Greg :

Bouche cousue

Motus!


Et connaissez-vous les galipettes? Non,  pas celles là :


Et pour tous ceux qui comme moi ont dans leur entourage des amis qui mangent sans et plus particulièrement comme Sophie, des « Sans gluten », je vous conseille ce blog « sans complexe » lecridelacourgette.com/recette sans gluten. 

Énigmatiquement, Antoinette

Bien sûr! Que dois-je faire ?

Pssst! Vous voulez être le premier à avoir la solution?

Cliquez sur ce lien : boutton

44 réponses
« Anciens commentaires
  1. Poupinette
    Poupinette dit :

    Bon allez, fidèle à mes habitudes, je tente une hypothèse. Pas eu trop le temps de réfléchir alors ma première idée serait que la coupable est la

    Spoiler InsideSelectionnezMontrez

    , qui pourrait être la soeur de Greg, venue de Corse pour venger le suicide de sa soeur ? Ce qui expliquerait la demi-taille

    Spoiler InsideSelectionnezMontrez

    et les SMS pour faire avorter le mariage.

    Répondre
    • Antoinette
      Antoinette dit :

      Bravo Poupinette tu est sur la très bonne voie. Ce n’est pas tout à fait ça, mais presque. Comme tu est abonnée tu peux aller consulter la bonne réponse que tu as reçue par mail. Je te reconnais bien là, fidèle Antoinaute!

      Répondre
« Anciens commentaires

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