ENQUÊTES

Épisode#9 : Antoinette dans le panier à salade

Vous n’allez pas me croire : je vous avais dit que je reviendrais. Oui, je suis là, mais pas avec de très bonnes nouvelles. Ça ne va pas et il paraît que tout est de ma faute. Vous y croyez à ça ?

Revenons à cette soirée il y a quinze jours… J’étais tranquillement allée rendre visite à M. Anselme. Enfin tranquillement, c’est beaucoup dire. Verrene, mon inspecteur de voisin avait retrouvé un sac de sport contenant un million d’euros dans la voiture d’Emmanuel Bourgaud. Et quand j’avais tendu ce sac à M. Anselme, il était sur le point de tout m’expliquer. C’est le moment qu’avait choisi Corinne la secrétaire pour interpeller M. Anselme : une question urgente. Je restais donc seule dans le bureau avec la bouteille de rhum dont M. Anselme m’avait servie une franche rasade.

J’avais reçu un sms, souvenez-vous qui m’avais un peu rassurée sur mes questions concernant M. Anselme et l’inspecteur Verrene. Mais tout de même, je voulais en savoir plus sur toute cette histoire et sur ma présence à la CLEAN.

Vous voulez connaître la signification du message en morse ? Il vous suffit de cliquer ici.

C’est là que je vous ai laissés. Dehors, j’entends des esclandres, des éclats de voix. Avant de m’approcher de la fenêtre, je saisis mon verre de rhum et le vide d’un trait.  A travers la large fenêtre, je distingue deux groupes de personnes, des voitures de police garées dans la cour. Des officiers en uniforme face à M. Anselme escortée de Corinne et d’agents de la sécurité. Un chien aboie puis dans le silence, chacun décline son identité :

«  Inspecteur Verrene, de la BAC.

– M. Anselme, Directeur de la CLEAN. Je peux savoir ce que vous cherchez ? »

Les particules électriques se condensent et accumulent la tension. Ils commencent à discuter en silence. Le ton baisse et je ne perçois plus qu’un murmure de conversation. Je décide d’ouvrir la fenêtre discrètement. Au moment où je m’apprête à tendre l’oreille, tous les visages convergent vers moi et ce n’est pas pour m’acclamer.

« Descendez immédiatement ! »

Dans un mouvement réflexe, je me retire de l’encadrement de la fenêtre et de me colle contre le mur comme si je voulais me cacher. C’est idiot, je le reconnais. J’entends mon nom crié plus fort encore cette fois. Je me retrouve devant madame Mansa, ma maîtresse de CM1 quand elle me soutenait que je n’avais pas appris ma poésie ou que j’avais ramené des billes en classe. La tête baissée, le pas traînant, je me dirige vers la sortie. J’en profite pour boire le verre de M. Anselme. Je vais avoir besoin d’un sérieux remontant. J’ai comme un mini tourbillon dans la poitrine qui me dit que quelque chose de terrible va arriver, terrible et désagréable. La chaleur de la boisson intensifie le contraste entre mon corps et cette roue à l’intérieur qui vrille mes entrailles. Je descends les deux étages sans réprimer mes soupirs. Me voilà dans la cour juste éclairée par les phares des véhicules. Tous les regards sont dirigés vers moi. Vous avez déjà éprouvé ce sentiment de honte devant une assemblée? Je me sens comme si j’étais responsable du trou de trop dans la couche d’ozone, de la faim dans le monde et l’élection de Trump. Toutes ces catastrophes réunies, c’est ma faute. J’ai du mal à déglutir et à lever les yeux.

« Antoinette ! Qu’est-ce que c’est que toute cette histoire ?

– Quelle histoire ?

– Ces accusations d’agressions, de vols, de disparitions…

– Ce million d’euros, ajoute l’inspecteur Verrene à la litanie de M. Anselme.

– Oui, alors ces billets d’où provenaient ils ? osé-je.

– Antoinette, vous n’êtes pas en mesure de poser des questions. Vous avez déjà causé assez d’ennuis.»

fourgonnette de police playmobil

Un agent me conduit dans une fourgonnette et j’attends là, seule à me demander pourquoi, comment, les origines de l’univers et ce que j’ai encore bien pu faire dans une autre vie pour en arriver là. C’est à ce moment que je vous ai rédigé ma petite lettre pleine de doutes de la dernière fois. ( pour accéder à l’épisode#8 cliquez ici).

Puis l’inspecteur Verrene a grimpé dans la fourgonnette et s’est installé sur la banquette à côté de moi.

« Antoinette. Il va falloir arrêter vos bêtises.

– Quoi ?

– Toutes ces inventions au sujet de vos clients.

– Mais, mais ce ne sont pas des inventions : Miss Keptown, Emmanuel Bourgaud, Maître Raplaplado et les billets, oui les billets !

– De faux billets. Enfin non, des billets promotionnels, une campagne de publicité pour une compagnie d’assurance dont Emmanuel Bourgaud est l’emblème. Ah, j’avoue que là-dessus, je me suis un peu emballé aussi.

Il se passe la main sur la nuque.

– Mais qu’est-ce que faisait un sac de faux billets dans le coffre de la voiture d’Emmanuel ?

– Laissez tomber Antoinette. Si vous voulez éviter des ennuis avec la justice.

La boule dans ma poitrine est subitement remontée dans ma gorge.

– Et mon travail ?

– Ça, vous verrez avec M. Anselme.»

J’essuie mes mains moites sur le tissu de mon pantalon. Le regard condescendant de mon voisin me panique. Les cinq minutes d’attente me semble 5 heures et quand apparaît Monsieur Anselme, le visage fermé. Même les verres de ses lunettes semblent opaques sans aucun reflet. J’ouvre la bouche prête à me lancer dans une plaidoirie digne d’Aly McBeal. Il m’interrompt dès le premier mot :

« Vous voulez conserver votre travail ?

– Mais…

– … Il n’y a pas de mais. Si vous voulez reprendre le travail, on oublie toute cette histoire.

– Mais les messages codés, j’en ai encore reçu un…

– Vous ne comprenez pas ce que je vous dit ? Plus d’enquêtes, plus de messages codés, plus rien. Sinon…

Derrière les verres opaques je devine de gros yeux noirs.

– Sinon je porte plainte. Compris ? Compris ?

– Je hoche la tête lentement. »

Je rentre chez moi dépitée. L’inspecteur Verrene me raccompagne en voiture et pendant le trajet, je l’entends à peine me parler. Je bute sur certains mots comme affabulations, délire, mythomanie, thérapie. Les mots s’accumulent au-dessus de ma tête comme de gros nuages noirs. La seule phrase qui atteint mon cerveau me mets très mal à l’aise :

« Vous savez Antoinette, je côtoie des drames tous les jours. N’essayez pas de tromper l’ennui et la routine en voyant le mal partout. D’accord ? »

Lorsque je rentre chez moi, je décide de prendre un bon bain pour liquider mes idées noires. Un plongeon dans la mousse rose et parfumée a raison d’une bonne partie de ma honte. Après tout, je n’ai rien fait de mal, je n’ai accusé personne. Il reste la question de ce sms en morse et cet ABRIS. Je secoue la tête, j’ai promis. Arrête ta parano.

Je sors de mon mijotage ruisselante et je m’emmitoufle dans mon peignoir duveteux. Je caresse Catson et prends mon portable dans le manteau accroché dans l’entrée. Le SMS a disparu. Bah, j’ai promis. Et s’ils avaient raison ? Si je m’acharnais à chercher le mal partout ? Si je chercher à tromper l’ennui de ma petite vie sordide ? Donc plus de mystères, plus d’enquêtes ? Je n’y arriverais pas. Les mystères sont partout. J’observe les yeux améthyste de Catson et je les entrevoie toutes ces questions qui cherchent leur réponse :

  • pourquoi les nains de jardin de ma voisine sont devenus rose ?
  • pourquoi on ne retrouve qu’une chaussette de la paire introduite dans le sèche-linge ?
  • pourquoi la tartine tombe toujours du côté de la confiture ?
  • pourquoi le dentiste commence à vous poser des questions quand il a ses doigts dans votre bouche ?
Et vous, quels mystères vous obsèdent ?

Bientôt on s’y attellera ensemble, promis.

Antoinette

Vous voulez connaître la solution de la dernière enquête ainsi que toutes les précédentes ?

5 réponses
  1. coryne
    coryne dit :

    N’ais pas honte Antoinette ! Moi aussi je me demande pourquoi seuls mes voisins du dessus descendent les escaliers tel un troupeau de pachydermes quelle que soit l’heure du jour ou de la nuit. Il y a forcément une raison à cela mais je ne l’ai pas encore trouvée…

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