<

épisode#4

Antoinette a trouvé son Maître

Une enquête d'Antoinette

Vous n'avez pas encore résolu la précédente enquête ? Rendez-vous à l'épisode#3 Restons zen et déposez votre solution dans les commentaires.

Retour de mission

Emmanuel serait parti à Stockolm pour rejoindre un agent, une femme ?

À bord de l’Audi TT d’Emmanuel Bourgaud, le paysage défile. J’ai déchiffré ce maudit code. Pour la championne de mots mêlés de la classe de CM2 de Mme Dutertre, rien de plus simple. J’ai hâte d’obtenir des explications de la part de M. Anselme. Malheureusement, il est absent et c’est Corinne qui me transmet mon ordre de mission.

Poupinette et Amélie Lorier m'ont bien aidé pour le décryptage.

Inutile de cuisiner Corinne, elle est verrouillée comme le congélateur d’un glacier au mois d’août. Aucune information ne filtrera de ce côté, juste les recommandations du patron, la règle des 3D : Discrétion, Disponibilité, Décence.

« - Je suis quand même étonnée que vous n’ayez trouvé personne de la région.

- Il y a beaucoup de personnel en congé pendant cette période. Vous êtes la dernière arrivée Antoinette. En période d’essai qui plus est.  »

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Frustrée, je retrouve mon chez-moi et Catson, mon chat. Il n’a pas l’air de souffrir de mon absence. Il a été bien nourri. Je prépare mes bagages, relève mon courrier et me délasse dans un  bain moussant. La sonnerie de la porte d’entrée me surprend vers 19 heures, dans mon gros peignoir moelleux assorti à mes pantoufles.

« - J’arrive, une minute ! dis-je en déverrouillant la porte.

- Bonjour, Antoinette, content de vous revoir. Je me disais que vous n’aviez rien à manger chez vous et que vous voudriez  partager mon repas.

- Inspecteur. Justement, je voulais vous voir. »

Je le fais rentrer avec un peu trop d’empressement, heureuse de retrouver un visage familier. Ses petits yeux noirs restent fixés sur mon peignoir à pois (eh oui les mêmes que sur mon tablier).

« - Désolée pour la tenue, mais je viens à peine de rentrer. On dîne chez moi ?

- Heu, oui, pourquoi pas. »

Après un risotto aux gambas légèrement trop cuit, la discussion s’oriente vers la mystérieuse agence qui m’emploie. C’est vrai qu’elles paraissent louches, ces missions aux quatre coins de la France jusque dans le Sud.

« - Je ferai des recherches si vous voulez, dit-il avant que je lui donne congé et achève de préparer mes bagages.

- N’oubliez pas de nourrir le chat. »

Recommandation inutile aux vues du gabarit de Catson

Arrivée - Point de départ

J’arrive au « Havre de paix » en milieu d’après-midi. Le trajet monotone, mais confortable à bord de l’Audi TT m’a ramollie. Le village de la Marre constitue un de ces bastions typiques de Provence : pierres et végétations cuites au soleil, à flanc de coteaux abrupts déchirés sur le ciel azur. Tout en haut des ruelles abandonnées, se dresse un vieux château aux grilles aussi imposantes que menaçantes. Je sonne et par l’interphone, une voix nasillarde me répond après un long soupir : « Ici, vous êtes à la résidence hôtelière Carlright.

- Et puis-je vous demander où se trouve le Havre de paix ?

- Il faut remonter la route jusqu’à l’extérieur du village. Vous ne pouvez pas vous tromper, c’est au bout du chemin. »

Au bout du chemin ! Voilà qui n’augure rien d'agréable ! L’indication s’avère juste. Derrière le château, une portion de la route s’élargit pour redescendre vers le bas du village et l’autre se transforme en sentier chaotique pour atterrir dans une  cour de ferme. Le Havre de Paix, enfin !

Une vingtaine de badauds circulent dans une atmosphère décontractée au milieu d’un capharnaüm digne d’une brocante. Des mas typiques s’étendent au-delà de l’enceinte, tout autour du corps de ferme : un véritable site d’Emmaüs. Accoudée à ma voiture pleine de poussière, je comprends vite ce que je suis venue faire là : rétablir l’ordre ! Dans l’indifférence générale, une femme se dirige vers moi d’un pas décidé. Elle porte les cheveux longs, des lunettes cerclées en argent et un Pancho péruvien.

Nom de code : Poupinette

« Je suis Poupinette, l’intendante du havre de paix. Votre voiture ne doit pas rester là. »

La Poupinette grimpe dans ma voiture, sans plus de présentation.

« - Poupinette ? Drôle de nom ! Mais d’où ça vient ?

- Ici, chacun choisit son nom indien. Moi c’est Putois du Texas qui caracole. Mais tout le monde m’appelle Poupinette.

- Ah ? Vous êtes américaine ?

- Pas du tout, je suis de Toulouse. C’est un petit jeu ici. Vous, vous pourriez vous appeler Aile de Virginie qui folâtre. »

Je crois comprendre. À défaut de son nom, je connais au moins ses initiales et sa ville d’origine : P. C. de Toulouse. 

 

En regagnant la propriété, Putois du Texas qui caracole me parle volontiers du responsable des lieux : Maître Raplaplado, un croisement de Gandhi et Bouddha.

« - Ici, nous pratiquons la médiation et les massages ayurvédiques. Nous accueillons les voyageurs en recherche de sens pour des stages de réaligne… 

- Braoum, badabom…

- Ah merde, qui m’a fichu ces conneries dans ce bordel ? »

Un homme échevelé vêtu d’une tunique et d’un pantalon en lin, une écharpe orange autour du cou, se relève d’une chute contre un vieux vélo rouillé. Il s’époussette, une flopée d’injures au bord des lèvres. Poupinette se dirige vers lui de son pas assuré.

« - Maître, je vous présente Antoinette de la CLEAN…

- Vous avez intérêt à me débarrasser tout ce foutoir, sinon, tout le monde dehors, c’est compris ?

- Mais, heu…

- Plus tard, je n’ai pas le temps. »

Le mal poli s’éloigne en maugréant. Où est-il le monstre de zénitude décrit par Poupinette ?

«Venez. Je vais vous montrer le reste de la propriété, m’invite une Poupinette contrariée. Dans le bureau de la réception, je tente :

« - Ça lui arrive souvent à votre Maître Raplapla, ce genre de colère ?

- Maître Raplaplado, me rappelle sévèrement l’intendante en chef. Non, c’est un exemple pour nous tous, jamais de violence, jamais de haine, le salut de l’âme et la paix intérieure.

- Il y a bien quelque chose qui le tracasse pour le mettre dans un état pareil.

- Il y a bien ces courriers bizarres qu’il reçoit depuis quelques jours, mais rien d’alarmant. »

Numérisation_20170716 (2)

Ménage et badinage

Dès lors, je m’emploie à la tâche : rendre la demeure de Maître Raplaplado aussi zen que son esprit et il y a du travail. Son petit chez lui correspond à l’antre d’un vieil ours célibataire : pas très feng shui.

Pendant le repas du soir, il fait preuve d’un calme olympien après l’orage de cet après-midi. Je découvre un homme charismatique et amical. Le lendemain, je me prête  au rituel du lieu : très tôt le matin, salutation au soleil, puis désencombrement de l’appartement, dîner frugal pris en communauté suivi d’une marche méditative, rangement et nettoyage pendant la lecture du Maître.

Quand je lui pose des questions sur sa vie, son métier, sa passion, l’origami par exemple, il répond volontiers par des images énigmatiques « Votre esprit est comme le chaudron du cuisinier : inutile de le faire bouillir ni remuer sans arrêt. Laissez mijoter. La vérité est en vous, explorez votre réalité intérieure. Personne n’est vraiment celui qu’on croit. Antoinette, derrière quel masque vous cachez-vous ?”

Eh oui, tout le monde change ! Qui aurait imaginé qu’Antoinette se laisse bercer par toutes ces fadaises ? Je me doute bien que Raplaplado ne s’est pas toujours appelé Maître. À en juger par ses gestes mesurés, sa barbe taillée et son parfum capiteux, je dirais qu’il a embrassé la carrière de banquier d’affaires dans une autre vie. Mais peu importe. Une vague de bien-être proche de l’ennui s’installe et j’apprécie.

J’ai l’impression pour une fois d’être à ma place. La curiosité que j’ai eue pour les autres, leur vie, leurs problèmes s’est transformée en explorations spirituelles. Mes préoccupations sur M. Anselme et la CLEAN me semblent si lointains.

 

Visite surprise

Mes journées s’achèvent par une balade nocturne au vieux puits de la ferme excentré de la cour sous un grand saule. Même la jalousie contenue de Poupinette quand Raplaplado me donne un talisman m’indiffère. Mon ancien moi aurait soupçonné une liaison entre eux. Oui, peut-être qu’il y a quelque chose, mais peu importe. La routine s’étale comme l’horizon sur la mer : à perte de vue. Déjà de gros nuages s’amoncellent et augurent la fin de cet océan de quiétude

Monsieur E. Durand, directeur de La Galinette de la Marre - en indien, écureuil de Philadelphie qui se dandine - arrive pendant la méditation du matin en costume trois-pièces malgré la chaleur. Toutes ses pensées sur notre petite communauté s’affichent sur son visage grave. Les éclats de voix qui émanent du bureau aussi bien de la part de M. Durand que de Poupinette provoquent ma curiosité. Le responsable du 5 étoiles sort furibond. Je ne peux m’empêcher de poser toutes sortes de questions à une Poupinette affligée.

« Attention, Antoinette, vous vous éloignez du sentier de la sérénité. Apaisez votre esprit enflammé par la médiation. »

Oui, oui, c’est ça, je vais me mettre à méditer. Mes pensées sont comme des petits poissons qui rejoignent la grande marre de la quiétude, j’inspire, j’expire. Il y en a tellement que la marre devient de plus en plus fréquentée : un métro parisien à l’heure de pointe. Pourquoi, M. Durand, le directeur de l’hôtel est-il venu au Havre de Paix ? Pourquoi était-il en colère ?

« Ne vous en faites pas Antoinette. Maître Raplaplado va régler toute cette affaire quand il sera de retour.

- De retour ? Mais il est parti ? Quand ? Où ?

- Voilà, vous recommencez. Prenez garde Antoinette. »

Oui, ça y est, ça recommence, le plumeau qui frétille. Il se passe quelque chose, j’en suis sûre. Et si j’appelais l’inspecteur Verrene ? Peut-être a-t-il obtenu les renseignements sur M. Anselme et la CLEAN.

Rhaaaa. Ras-le-bol de la méditation ! J’en retourne à ma bonne vieille méthode, le ménage pour canaliser mes pensées. Tout le monde est accaparé dans ses tâches contemplativoméditatives. Personne dans le bureau. Rien d’intéressant à part cette lettre bizarre que Poupinette m’a montrée à mon arrivée. Dans l’appartement de Maître Raplaplado, je m’échine avec mon plumeau en haut des placards, sur les étagères. Depuis, que je range ici, il n’y a plus vraiment de poussières. Sous le lit, je trouve une grosse boîte en métal. Non, Antoinette, ne cède pas aux affres de la matérialité, laisse ton esprit en dehors de toute vanité, la vérité est en toi pas à l’extérieur. Oh et puis zut ! Si je veux découvrir ce qui tracasse Raplaplado et où il est parti, je dois procéder à des vérifications dans la vraie vie. J’ouvre la boîte de Pandore sur le tapis et pose le couvercle sur une grosse tache brunâtre devant le lit défait.

Pêché capital

Des photos, des lettres, une poupée… Une poupée ? Une de ces poupées de chiffons avec une aiguille plantée en plein cœur. Un rituel vaudou. Maître Raplaplado, adepte de magie noire ? J’entends ses paroles : « Personne n’est vraiment celui qu’on croit ».

Le premier cliché représente un couple enlacé, jeune, insouciant : Poupinette et Raplaplado ! Même s’ils sont moins vieux, nul doute sur la nature de leur relation.

« - Antoinette !

- Bam ! fait le bruit de ma tête contre l’étagère près du lit quand je sursaute.

- Que faites-vous ? Moi qui vous pensais guérie de votre curiosité maladive. On ne fait pas d’un corbeau, une colombe, j’aurais dû m’en douter. J’informe M. Anselme. Un tel comportement est inadmissible. J’espère qu’il prendra les dispositions nécessaires à votre renvoi »

Cette remarque me glace plus que je ne laisse paraître. Je ravale le « mais c’était pour vous aider », coincé dans le fond de ma gorge.

Juste le temps de poser une question :

- Mais où est Maître Raplaplado ?

- Il est parti en ville régler des affaires courantes, lâche Poupinette en agitant un éventail en origami.

Les yeux rivés sur le pliage, je pense à cette lettre bizarre et à cette tache brune sur le tapis. Je suis persuadée qu’il a disparu, mais pourquoi ? Comment ?

Vous avez une idée ? Rendez-vous dans les commentaires. Soyez le premier à résoudre l’énigme et intégrer la prochaine enquête d’Antoinette.

Pour découvrir votre nom indien :

  • Prenez l’initiale de votre prénom : Antoinette A
  • Choisissez un animal ou une partie d’animal qui commence par cette lettre : A : Âne ou Aile
  • Prenez l’initiale de la ville où vous résidez : Paris P
  • Trouvez l’état américain qui commence par cette lettre. S’il n’y en a pas, choisissez une ville américaine : P, Philadelphie ou Portland.
  • Prenez la première syllabe de votre nom de famille : Folly Fo
  • Vous obtenez le verbe qui vous caractérise : fo folâtrer.

Vous avez réussi, votre nom indien : Antoinette Folly = Aile de Philadelphie qui folâtre.Et vous ? Quel est votre nom indien ? Pas d’idée ? Demandez-le dans les commentaires.

Alors, Antoinette sera-t-elle renvoyée pour son excès de curiosité ? Découvrira-t-elle ce qui est arrivé à Maître Raplaplado ? Va-t-elle rester au havre de paix et devenir moine bouddhiste ?

Si vous n’en avez pas la moindre idée, rendez-vous pour l’épisode#5. Laisser votre mail pour vous abonner et être prévenu dès la publication de la solution de l’enquête.

À bientôt pour une prochaine enquête avec Laura Staret en guest star !

Namasté

21 comments / Add your comment below

      1. Merci !!
        Je me demande aussi, s’il n’y a pas un lien avec notre jeune couple de voyageurs nordiques, quand la lettre parle des “agents”…
        PS : une ville en Provence ne peut pas avoir un code postal commençant par 33…

  1. Sous cette chaleur de plomb, j’ai fait de cette lettre un éventail et j’ai perçu le message caché. Je ne saurais dire si Raplapla(do) a choisi l’option de se plier aux exigences du corbeau

    Spoiler InsideSelectionnezMontrez

    toujours est-il que cet homme à l’air d’attirer les ennuis.
    Un peu comme vous ma chère Antoinette, ne vous a t’on jamais dit que la curiosité est un vilain défaut ?
    Je ne sais quoi penser de cette

    Spoiler InsideSelectionnezMontrez

    mais je sens qu’elle est la clé du mystère ! Oh rage ! Oh désespoir !
    Signé: l’Albatros de l’Utah qui louche

  2. Recoucou,
    Depuis mon dernier commentaire, avec ma fille nous avons fait bouillonner notre cerveau. Ma fille pense qu’il faut lire la lettre

    Spoiler InsideSelectionnezMontrez

    à partir de ” Je vous ai démasqué…’ ce qui devient tout de suite beaucoup plus clair !

    1. Alors Salamandre qui croasse. Et tu intercales la ville ou l’état américain qui correspond à ta ville. C’est pas mal je trouve, qu’en penses-tu?

    1. Tu as essayé ? Qu’est-ce que ça donne? Serpent qui mène la danse du ? (je ne connais pas ta ville), mais je suis sûre que tu peux faire mieux

  3. Troooop contente ! j’ai toujours voulu connaître mon nom indien, c’est chose faite grâce à toi 🙂 :
    cougar de Louisiane qui végète, troooop mignon 😀

    Pour ce qui est de l’enquête, elle est corsée. Je retourne en méditation zen pour tenter d’y voir plus clair…

Laisser un commentaire